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Breathe half, live half



Les yeux fermés, allongés à l’ombre sur un transat au bord de la piscine bien trop chauffée d'un complexe hôtelier situé au bord de la baie Makadi en Mer Rouge, nous devons faire soulever la main posée sur le bas de notre abdomen sous l’action de notre diaphragme. Le ventre gonflé, c'est au tour des poumons de finir le remplissage avant le blocage de notre respiration. Les vingt premières secondes nous plongent dans une sensation désagréable causée par la pression douloureuse de notre cage thoracique. Il faut laisser le temps à l'oxygène comprimé dans les poumons de se diluer dans le corps grâce aux échanges gazeux qui empruntent les lignes métropolitaines de nos vaisseaux sanguins.

Il est temps maintenant de méditer. Ne penser à rien n'est pas une prouesse donnée à tout le monde alors tentons de nous perdre dans une vision calme et sereine. Le rythme cardiaque ne doit pas s'accélérer à la pensée d'une scène angoissante, émouvante, excitante ou énergique. Mais le pire encore, est de penser à la valeur affichée sur le chronomètre de notre coach apnéiste du jour, Suzanne Pugh.

Me voilà évoluant au milieu des baleines mais le souvenir de la dyspnée m'oblige à changer d'imagerie. J'erre cette fois-ci, pieds nus sur une plage au coucher du soleil. L'envie de faire une photo sollicite activement mes neurones sur les réglages de mon appareil et le déploiement de mon trépied. Trop d’actions virtuelles risquent d'accélérer mon rythme cardiaque. Je switche alors sur l’image d’un chaton posé sur mes genoux ronronnant sous mes caresses. Mes lèvres veulent instinctivement exprimer cette expression:

- Qu'il est mignon!...

C'est mort, le muscle de mon diaphragme assène un premier coup de poing dans le sternum. A l'avenir, il me faudra apprendre à ne penser à rien. C'est le début de la fin. Des spasmes me secouent à la limite du vomissement. Je pourrais tenir encore quelques secondes de plus mais à quoi bon se faire du mal, si ce n'est pour sortir digne de l'exercice. Il ne s'agit pas d'une compétition mais d'une initiation, je le sais bien mais le challenge me titille malgré tout. À vingt secondes des quatre minutes, j'ouvre les vannes de mon oesophage et met fin à mon supplice en regrettant presque de ne pas éprouver plus de plaisir d'avoir recouvré mon souffle comme le fait d'uriner quand notre vessie est prête à éclater.

Respirer.

25% seulement du volume de nos poumons nous sert à respirer. Nous respirons petits joueurs car nous n'apprenons pas à exploiter les 75 autres pourcentages restants dont le résidu stagne au sein d'un air vicié profondément ancré dans la cave de nos poumons. Pour bien faire, il faudrait commencer à respirer par le ventre mais qui a envie de se ridiculiser à ce point devant son mec, sa nana ou ses collègues avec un bide en forme de ballon de baudruche?

Découvrir le potentiel de sa propre respiration c'est un peu prendre conscience de la geôle dans laquelle on s'est enfermés depuis que notre confort a pris les commandes de nos coups de fourchettes et des levers de coude, depuis que la fatigue de notre labeur nous a progressivement éloignés des salles de sport ou terrains de jeux. Notre lourd capital du Bon Vivant occidental est bien stocké à l'abri sous la peau souple et extensible à souhait de notre abdomen. C'est bien le seul capital qui ne se dépense pas aussi facilement que l'argent. Il est plus facile de rentrer le ventre et de se vêtir en noir que de respirer la vie à fond.

Apprendre à respirer est peut-être la clef qui nous ouvrira la conscience, l'écoute et le respect de notre corps. Renouveler l'oxygène de ses poumons revient finalement à assainir notre carburant non pas pour aller plus vite ou encore plus loin mais bien pour mettre le pied à l'étrier d’un chantier bien plus profond sur la connaissance de soi.

Les exercices statiques du transat et de la piscine nous ont gentiment inspirés les voies de la méditation. La pratique en pleine mer va nous réveiller du bouddhisme et nous rappeler à la dure réalité de l'apnée en milieu naturel en commençant d'abord par descendre à la verticale, le menton rentré et le palmage initié depuis les hanches, pointes des pieds tendues. Malgré plusieurs tentatives, il semble que je dois travailler ma position.

En attendant, on se contentera de faire des photos dans notre piscine et de plonger en bouteille sur Hurgada. Pour la pratique de l'apnée, on verra plus tard...


Les photos du séjour par ici...

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