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Le type qui voulait être photographe



Prendre une semaine de vacances mais pour partir où ? En France ? De toute façon, il me faut écouler mes congés avant fin Mai 2021 et ma femme Isabelle bénéficie des congés scolaires.

Une semaine pour voir l'horizon, celui qu'on ne voit jamais à Paris, celui qui sent le pin et les embruns, il n'y a qu'en Gironde qu'on pourrait trouver ça pour se ressourcer. Nos vies de télétravail sont devenues un mauvais scénario pour la suite du film "Un jour sans fin". Le dépaysement n'a pas de prix en cette période de couvre feu.

Le Carrelet rayé de l'hôtel La Grande Terrasse MGallery de Châtelaillon Plage est une friandise pour les amateurs de photographie. Décidé à dépoussiérer mon téléobjectif 150-500 mm, en quittant notre chambre d'hôtel pour une promenade le long de la jetée, je me rends rapidement compte que ces focales ne s'avèrent pas être le bon choix pour trouver un angle de prise de vue idéal. C'est pourtant le défi que je m'étais fixé en choisissant cet objectif, voir autrement et sortir de ma zone de confort avec mon 20 mm fétiche.

"On est les seuls cons à porter un masque", me fait remarquer ma femme.

Un regard panoramique sur les promeneurs confirme ses propos.

"Le port du masque est obligatoire en centre ville. Ce qui signifie qu'ici, en bord de mer, nous pouvons le quitter" me dit-elle après avoir vérifié l'info sur le site officiel de la ville.

Hésitant, non sans un sentiment de culpabilité, je libère mon visage de sa muselière.


Cette semaine de vacances planifiée autour du bassin d'Arcachon, ne m'inspire pas vraiment du point de vue photographique car le couvre feu en vigueur m'interdit de pratiquer mon sujet de prédilection, la photo de nuit. Raison de plus, pour tenter une approche différente en journée. Mon thème imposé sera le minimalisme. On pimente sa vie comme on peut...

Quand se pose la question de la vie post-Covid, deux heures de ballade sans le masque mettent rapidement notre capacité de résilience en lumière.

" Il ne nous faudra pas deux jours pour revenir à notre vie d'avant !"


Stop au port de Larros à Gujan-Mestras dans la cabane N°9 des "12 de Larros" entre une maline ostréicole et le bassin d'Arcachon après quelques heures passées au parc ornithologique du Teich.

Dès notre entrée dans notre logement, je me suis senti chez nous. Pas de masque obligatoire aux environs, sauf dans les commerces. Pas de WiFi dans les appartements pour l'instant. Gênant pour traiter les urgences du bureau mais utile pour décrocher du téléphone. Mon réseau LTE de Bouygues est une catastrophe sur mon S10+. On se demande à quoi ça sert d'investir dans un smartphone haut de gamme s'il ne capte jamais le réseau 4G.

- Vous pouvez vous promener devant notre espace privatif, personne ne viendra vous dire quoi que ce soit, nous annoncent nos jeunes hôtes.

- Cela signifie que je pourrais éventuellement faire des photos ce soir à la tombée de la nuit ?

Heureusement que j'ai pris mon trépied pour supporter mon téléobjectif. Il me servira finalement pour de nouvelles prises de vue nocturnes même si je dois rester aux abords de la propriété.

Le 22 février c'est la Saint Isabelle, une bouteille de Saumur à eu droit à sa fête elle aussi mais avec des huîtres importées de Normandie, la faute à un satané norovirus, issu de nos gastro-entérites...

Séjourner autour du Bassin d'Arcachon incite obligatoirement à l'ascension du sommet de l'incontournable Dune du Pilat (ou Pyla).

Vieille de 4000 ans, 60 millions de m3 de sable, 2.7 km de long, 500 de large et entre 105 et 115 mètres de haut. La quiétude qui règne, après avoir passé le premier tiers bondé de monde épuisé, inspire la contemplation. Toujours équipé de mon télé, je continue mon défi de vouloir photographier autrement, notamment les silhouettes qui jonchent la dune.

Couvre feu oblige, nous dévalons vers 17h00 la pente du retour. Les rires chantent dans nos tympans, les ombres jouent avec le soleil, nos semblables dévoilent leurs sourires épris de liberté. Nous avions oublié ce que c'était de ressentir la joie collective.

Mon Alpha 7RII est calé en manuel sur ses paramètres habituels, ISO 200 f/6.7 au 500 mm et 1/1250 s. Si je vois un oiseau, je monte ma vitesse au 1/2000 s et je compense avec mes ISO.


L'important est de prévisualiser à l'avance les images qu'on souhaite réaliser. C'est à mon avis ce qui fait la différence entre juste un bon photographe techniquement parlant et un artiste. L'acte de création demande une certaine réflexion, une préparation et une anticipation de ce que l'on souhaite obtenir dans le cadre d'un projet réfléchi. Si vous sortez faire des photos l'appareil au cou ou dans le sac, sans réellement savoir ce que vous avez envie de photographier, vous rentrerez frustré ou alors avec une bonne image isolée. Si j'avais compris ça plus tôt, je n'en serais pas là.

Là, en ce moment, je suis en train de me dire que je ne suis pas un artiste mais un mec qui a envie de se faire plaisir et de se rassurer en sortant quelques bonnes images de temps en temps en échange de compliments de la part de mon entourage. Un artiste à l'ambition d'être reconnu pour son œuvre mais vouloir être un artiste est une ambition perdue d'avance.

On l'est ou on ne l'est pas.

En ce qui me concerne, je l'ai été et je cours après ce que j'ai perdu, l'assurance de ma naïveté. Plus on vieillit, plus on prend conscience de ses doutes et le processus créatif devient moins prolifique.

Quand je réouvre les archives de ma vingtaine, je me souviens de la fougue bordélique qui m'habitait. Quand je vois mes images aujourd'hui, je vois un photographe de vacances qui se défend. Souvent, je me fais cette réflexion : si, étant plus jeune, sans le sous, je voyais mon matos en train de dormir entre deux congés dans mon sac, je me dirais :

"Quel gâchis!".

Je me tournerai vers moi même pour me répondre : "Le matos ne suffit pas sans l'histoire qu'il peut conter."

Et si je racontais l'histoire de ce type qui aurait rêvé d'être photographe...


Pour voir les photos, c'est ici.


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