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You are in Mykonos !



Six euros auront suffit à saper ma promotion de l'île de Mykonos en Grèce. Installés à la table d'un bar en bord de plage déserte début Mai, c'est-à-dire hors saison, nous demandons l'addition. 5€ pour une bouteille d'eau minérale jamais commandée, un pourboire minimum commercialement exigé alors que le service est compris dans l'addition.

32€ au total pour un verre de vin blanc (8€) et un Spritz (18€), c'est 220% plus cher qu'un happy Hour au café des Anges à Paris Bastille pour deux cocktails. Et quand on ose faire la remarque avec amusement à la serveuse, elle nous répond sèchement :

"You are in Mykonos!"

En clair, si vous êtes pauvre, choisissez une autre destination, vous n'avez rien à faire ici. Pire, louer un transat en première ligne du bord de mer (800€ la journée) équivaut à 70% d'un salaire moyen en Grèce (1200€ net).

Un salarié moyen dépenserait 90% de son salaire pour une seule bouteille de Champagne en soirée alors que nous sommes dans la zone euro. Et ça ne choque personne car c'est le tri par le pouvoir d'achat lui-même créé par le Star System. Même Ibiza ne pratique pas ces tarifs. Heureusement que les locaux bénéficient de prix préférentiels car un restaurant vous coûtera en moyenne 50€ par personne.

Une journée en Quad (je vous conseille la voiture pour le même prix) nous aura permis de faire tranquillement le tour de l'île qui confirme l'absence totale de centres d'intérêts culturels (sauf peut-être le monastère Panagia Tourliani à Ano-Mera) et d'assister à la seule animation possible du moment, le coucher du soleil depuis le phare.

Ceux qui ont l'habitude de lire mes notes de voyages savent que je rechigne à faire des photos cartes postales en préférant faire des images "coulisses" de préférence à la tombée de la nuit. Venir dans les Cyclades et notamment à Mykonos puis Santorin, c'est tomber comme Obelix, dans le chaudron de la potion magique des clichés.

J'étais perturbé.

D'autant plus, que mes 50 ans m'avaient permis de m'offrir un Sony Alpha 7RIV d'occasion grâce la générosité de mes amis que je remercie à nouveau au passage. 61 millions de pixels pour immortaliser ce qu'un téléphone fait aussi bien sur un écran de smartphone, je basculais dans le profil du photographe amateur que j'ai toujours détesté. Je fais allusion à tous ceux qui portent plusieurs milliers d'euros de matos autour du cou pour photographier un chat, une rue pittoresque ou un coucher de soleil. Les mêmes qu'on croise dans les salons ou les festivals photo avec leur téléobjectif phallique dressé sur le bide. Quand ces trois tableaux sont réunis, la photo vaut alors d'être exposée en fin d'année dans le club de la ville.

J'étais déstabilisé.

50 ans et un nouvel appareil photo, de quoi me redonner une seconde jeunesse. Mais que signifie "être vieux" à ce stade de mon anniversaire ? Un âge, un état d'esprit, un corps qui ne suit plus ? Probablement un peu de tout ça dans des proportions différentes en fonction de chacun. Être jeune, n'est-il pas simplement un fait de l'esprit de vouloir ou pouvoir se projeter dans les mois, les années à venir avec de l'émerveillement pour un but ou des objectifs précis qui nous font oublier les tracas physiques du quotidien ? A contrario, peut-on considérer une personne qui n'a pas de projets et de rêves, “d'être vieux avant l'âge" ou quand la désillusion envahit ceux qui n'ont encore rien vécu ? Dorénavant je réciterai quotidiennement cette routine dans ma tête, je veux rester jeune.


Dans le ferry qui nous mène vers l'île de Santorin, la houle me soulève l'estomac. Déshumanisé, j'envisage le sac en papier dans la pochette du siège devant moi. Des sueurs froides font briller mes tempes et rire Isabelle qui m'éponge avec une serviette en papier. Encore un signe de vieillesse que je dois combattre me dis-je. Elle a bon dos la vieillesse qui sera responsable de tous mes maux.

Je veux rester jeune!

Tout est beau dans ces villages grecs. À croire que les commerçants ont pour obligation de repeindre leur façade tous les ans. Ma fierté ravalée, hypnotisé, je cadre comme tout le monde les mêmes points de vue touristiques avec ma coûteuse fabrique à image tout en me justifiant d'appréhender tel un journaliste spécialisé, les nouvelles commandes et options du A7RIV.

Les touristes font du lèche vitrine et achètent parfois de belles fringues, des sacs, des bijoux Made in China mais curieusement, continuent de se promener habillés comme des sacs Gifi. Où vont donc tous ces beaux habits exposés en vitrine après avoir été achetés ? Nos corps les rendraient-ils invisibles une fois portés ?


Le choix des Cyclades comme destination vaut indiscutablement la peine d'y séjourner pour la beauté de ses villages mais Santorin ou Mykonos vous coûtera en moyenne 300€ la nuit hors saison (avant le 17 mai) pour une chambre spacieuse. Vous pouvez trouver moins cher mais le standing risque de vous décevoir si vous n'avez pas la chance d'être surclassé en ne bénéficiant pas de bassin privatif, d'une vue mer ou d'espace suffisant pour circuler autour de vos valises ouvertes dans la chambre. Comptez un minimum de 600€ la nuit en pleine saison avec une vue mer et un jacuzzi. Mais soyons honnête, une semaine à Santorin risque de vous plonger dans un ennui certain à force d'arpenter quotidiennement les deux uniques rues du village. Pour preuve la lassitude qui gagne après avoir immortalisé trois fois de suite le même cadrage. Au final, mieux vaut y mettre le prix et ne rester que 3 nuits maximum. Cela suffira amplement à froler l'overdose de contemplations vues dans les magazines ou, si vous êtes influenceur, à capitaliser votre séjour grâce aux nombreux Like Instagram de vos photos en longue robe rouge devant les célèbres dômes bleus. Pour les hommes, vous jouerez patiemment le rôle d'assistant vestibule et serez fier de votre moitié transformée en Top Model, l'espace de quelques heures. Nous les croisons au petit matin, ces photographes et leurs clientes pour un shooting "long dress" devant les lieux emblématiques de Oia (prononcez "ia"). Nous étions aussi venus pour ça, par curiosité et pour le côté spectacle qu'offre ce type de prise de vue qui n'existaient pas avant l'émergence d'Instagram. Vers 19h00, il faut voir les murets et les ruelles de la face Ouest du village, se garnir de fidèles comme nous, attendant religieusement, non pas l'apparition du Messie, mais l'ultime disparition du soleil derrière l'horizon car demain il sera peut-être trop tard.

Un soir, notre serveur chasse régulièrement les badauds qui obstruent notre vue depuis la terrasse la plus convoitée d'un restaurant réservé deux jours auparavant. Notre privilège devient rapidement une source de crispation. La vue depuis les catamarans s'avère alors un luxe obligatoire si on veut éviter ce genre de désagrément. On a compris la leçon.

You are in Santorini!

Mais en attendant, en ce qui nous concerne, ce séjour est une alternative reposante à une expédition qui aurait dû être initialement un projet de photographies animalières qui n'a pas pu aboutir.

Au bout de 5 jours seulement, ma première batterie sur les quatre, affiche encore 42% d'énergie restante. C'est-à-dire le niveau d'inspiration qui m'accompagne. Le point positif est de me rendre compte que sur mon précédent A7R2, la batterie serait déjà épuisée à l'heure qu'il est. Pour la première fois, je ne serai pas impatient de développer mes images sur Camera Raw à notre retour mais curieux de voir comment se comportent sur l'écran du Mac, les 123 Mega Octets qui composent chaque image parmi les centaines de carte postale, que je vous épargnerai, au risque de contracter une indigestion oculaire.

Voir quand même les photos.



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