Rechercher

7 jours dans le Yucatan

Mis à jour : 1 avr. 2019



Aux environs de 18h00, Isabelle et moi rentrons à notre hôtel "La Leyenda" à Playa del Carmen pour lézarder à l'accoutumée au bord de la piscine perchée sur le toit. Les hommes portent leur bouée grasse et velue de bon vivant autour du ventre tandis que les femmes arborent consciemment leur string et leur décolleté pigeonnant en guise de leurres à séduction. Le barman en chemisette blanche et catogan est fidèle au casting d’attrape cœur esseulé. Nous lui commandons notre cocktail habituel en même temps que nos serviettes. La chair est triste. Rares sont les corps esthétiques qui te donneraient envie de les photographier. Mes heures de remise en forme hebdomadaires me permettent de ne pas trop complexer mais mes douleurs lombalgiques me clouent sur la croix du handicap et d’une humeur en berne. Je sirote alors mon Mojito allongé pour oublier mes vertèbres meurtries. Ma femme digitalise dès qu'elle est posée sur un transat, les yeux rivés sur son écran de smartphone probablement en train d'organiser notre sortie dîner de ce soir et les 24 heures qui vont suivre. Elle est active en permanence sur ses réseaux, ses emails ou un Quizz de connaissances générales. Tant qu’elle ne fait pas de Selfie vulgaire avec la bouche en cul de poule et vue plongeante sur la carrosserie, je ne la considère pas encore atteinte de la maladie du siècle.

J'en profite pour lui siffler discrètement une rasade de sa Pina Colada tellement elle est absorbée par le scintillement de sa dalle lumineuse. Un petit sourire coupable se dessine sur mes lèvres mais elle ne me calcule même pas. Mon téléphone reste puni quelque part dans la chambre d'hôtel sinon j’en ferai autant. Je ne l'allume que 10 minutes chaque soir pour y lire les titres, mes emails pro pour éviter l'overdose au retour et ma messagerie perso par la même occasion.

Ma routine photographique ne prend pas dans Playa Del Carmen. Je commence à penser que je ne déplierai pas mon trépied au crépuscule durant cette petite semaine au Mexique.

La ville semble factice, uniquement tournée vers le commerce de souvenirs, les bars, les restaurants et hôtels de toutes catégories. L'authenticité n'existe pas ici. Une ballade sur la 5ème Avenue piétonne suffit à illustrer l'essence même de la ville: Futilité. Les femmes de tous âges se parent de ce qu'il y a de plus sexy chez elles tandis que les hommes jouent volontiers aux spectateurs. Observer les gens est un spectacle en soi mais je me sens comme une bille dans un flipper au milieu de la foule. Le W.E prochain des milliers d'étudiants américains débarqueront pour le Spring Break avec pour objectif de devenir les maîtres du monde, le temps d’une soirée pour redescendre méchamment sur terre le lendemain de cuite.

Sans conviction , je cadre au 20mm quelques photos à 3200 ISO, à 1/60 ème de seconde pour immortaliser l'ambiance de cette 5ème Avenue. Un reportage un peu voyeur sur ce fameux Spring Break m’aurait quand même bien attiré.

Ce matin nous avons rdv à 5h30 pour une sortie en mer et tenter de voir les Espadons Voiliers chasser les balles de sardines. Le pilotage brutal de notre skipper nous oblige à nous maintenir fermement à la moindre prise pour ne pas se voir éjecter hors de son siège. Au bout de quelques heures d'errance, je serre les dents et respire profondément. Je ne vais tout de même pas être malade sur le bateau!

Et si. Il a suffi d'une mise à l'eau en urgence dès que les Espadons ont été repérés après deux heures de navigation pour remuer mon estomac dans tous les sens. Nos voisins chinois à bord ne seront pas les seuls à vomir leur honte. J'avais à peine fait une photo test pour affiner mes réglages qu'il fallait remonter sur le bateau pour les poursuivre à nouveau. Il me faudra recadrer une unique photo à 500% pour deviner la forme d'un Espadon, le poisson le plus rapide au monde. Une autre sortie en mer est planifiée pour espérer voir les requins Bouledogue à 5 minutes de navigation de la plage. Cela fait deux jours que personne ne les a vus. Le briefing t'annonce qu'il faudra descendre le long d'une corde à 25 mètres de profondeur et de rester tapis sur le sable arrimé à une corde tendue sur le fond pendant une bonne demi-heure le temps d’une plongée sans palier. Notre Dive Master usé tue le temps derrière nous en fouillant le sable ou en faisant des petits tas. On se croirait dans un parc animalier. Il paraît que ces requins sont nourris pour les habituer à rester dans les parages car ils peuvent attirer jusqu'à une centaine de plongeurs par jour. Business first. Les femelles gestantes sont là mais ne s'approchent pas à moins de 6 mètres.

Quand est-ce que je comprendrais qu'un 14mm ne me servira à rien en dehors des baleines. Les requins sont à peine visibles sur mon écran. Il me faudra investir dans un autre dôme sur mon caisson pour un petit téléobjectif, macro de surcroît quand il s’agira de plonger en l’absence de mammifères ou de requins.

Le Yucatan c'est le pays des Cénotes faute de rivières, probablement à cause des sols perméables. Les Cénotes sont sacrées car ce sont les uniques sources d'eau douce des Maya mais aussi le passage vers l’inframonde, la dimension mortelle des humains.

Nous enchainons les plongées dans ces caves immergées avec pour certaines d'entre-elles de magnifiques colonnes de calcaires, stalactites et mites... que nous visitons d'habitudes dans des grottes. Cela me donne de bonnes occasions pour tester mon nouveau flash Ikelite DS160 en jonglant avec sa puissance, les diaphs, l'obturateur et les ISO. Sans réactivité instinctive, les photos seront ratées à moins d'un gros coup de chance. Pas eu de chance mais l’expérience restera inoubliable. Je ferme les groupes de plongeurs ce qui me permet de profiter du faisceau de leur lampe pour créer des ambiances de spéléologie. Isabelle avait acheté en promotion deux petites robes avant de partir sur ASOS avec l'idée de faire des photographies en tant que modèle dans une Cénote. La matière de la robe ne vole pas comme le tulle et la poitrine d’Isabelle manque de sortir de son décolleté à chaque immersion dans l’eau claire, attirant un libidineux équipé d’une perche et d’une GoPro. Chaque génération à ses tares.

Arrivés peu de temps après l'ouverture du site de Cobà, nous arrivons à profiter seuls du sommet de la pyramide Nohoch Mul pendant quelques rares minutes pour admirer le vide intersidéral de notre connaissance sur la culture Maya. Nous écoutons à la volée, des bribes d'informations promulguées par les guides à proximité des groupes. C'est passionnant mais je ne peux m'empêcher malgré tout de douter de ce que l'on croit savoir après des milliers d’années d’existence. À Chichén Itzà, ce confirme le fait que je n'utiliserai pas mon trépied du séjour. J'espérais pouvoir faire des photos de nuit sur le son et lumière du site Maya mais mon trépied Manfrotto a été refoulé à l'entrée. Tant pis, je ferai des photos à main levée ente 3200 et 6400 ISO mais je n'aurais pas le ciel étoilé en fond de pyramide. Comment cela se fait-il que des civilisations aussi avancées que les Aztèques, les Mayas ou les Egyptiens aient pu décliner de la sorte? Il y a plusieurs facteurs responsables connus mais le principal reste l'invasion catholique et l'ingérence d'une puissance étrangère qui avait l’avantage d’avoir découvert l’utilité de la poudre et de l’alcool. Il est temps de reprendre la confortable Kia Forte automatique de location pour se rendre à l'aéroport en évitant de se faire arrêter pour excès de vitesse à l’approche de l’aéroport.

Par ici les photos!


23 vues